On reçoit un patient à domicile, on sort la grille Tinetti imprimée depuis un PDF trouvé en ligne, on cote les 16 items en quelques minutes. Le score tombe : 22 sur 28. Risque modéré, on passe à la suite. Sauf que ce score ne reflète peut-être pas du tout la réalité de l’équilibre du patient. Entre la version du formulaire utilisée, les conditions de passation et la surinterprétation du résultat, les erreurs sont fréquentes et rarement identifiées.
Version du formulaire PDF : une source d’erreur avant même la passation
Quand on télécharge un PDF du test de Tinetti, on suppose que toutes les versions se valent. C’est faux. Il existe plusieurs variantes du POMA (Performance-Oriented Mobility Assessment), et deux formulaires portant le même nom peuvent différer par leurs items ou leur pondération.
Certaines grilles en circulation ajoutent ou retirent des sous-items à la section marche. D’autres modifient l’échelle de cotation. Le résultat : un score obtenu avec une version modifiée n’est pas comparable à un score issu de la grille originale de Mary Tinetti. Si on suit un patient dans le temps, comparer deux bilans réalisés avec des formulaires différents fausse toute analyse de progression.
Avant de coter, on vérifie que le PDF utilisé comporte bien les deux sections (équilibre sur 16 points, marche sur 12 points, total sur 28). On s’assure que chaque item utilise une échelle ordinale à trois niveaux (0, 1, 2). Si le document ne correspond pas à cette structure, il vaut mieux ne pas s’en servir.
Les erreurs fréquentes qui faussent l’évaluation commencent souvent par un mauvais choix de grille, comme le détaille le test de Tinetti en pdf dans son analyse des biais courants.

Cotation terrain : les biais liés aux conditions de passation
Le test de Tinetti exige une chaise dure sans accoudoirs et un couloir ou une pièce dégagée pour la marche. À domicile, on compose souvent avec un fauteuil trop bas, un couloir encombré ou un sol irrégulier. Ces écarts modifient directement la performance du patient.
Mobilier et environnement inadaptés
Si la chaise a des accoudoirs, le patient s’appuie dessus pour se lever. L’item « se mettre debout » sera coté à 1 (possible avec appui des bras) alors qu’il aurait peut-être obtenu 2 sans cette aide disponible. Le mobilier influence la cotation autant que la capacité réelle du patient.
Pour la section marche, le patient doit d’abord avancer à rythme normal, puis revenir à un pas plus rapide. Dans un couloir de trois mètres, on ne peut pas observer correctement la symétrie du pas ni la continuité de la marche. La longueur minimale utile se situe autour de huit à dix mètres.
Moment de la journée et état du patient
L’équilibre et la marche fluctuent selon l’heure, la fatigue, la prise de médicaments ou un repas récent. Un bilan réalisé le matin à jeun et un autre en fin d’après-midi après une séance de kinésithérapie ne donneront pas le même score, sans que la capacité fonctionnelle du patient ait changé.
- Standardiser l’horaire de passation quand on suit un patient sur plusieurs bilans
- Noter systématiquement si le patient a pris ses traitements habituels (psychotropes, antihypertenseurs) avant le test
- Consigner l’aide technique utilisée (canne, déambulateur) pour comparer des conditions identiques d’un bilan à l’autre
Seuils de risque de chute : pourquoi le score seul ne suffit pas
La plupart des grilles PDF indiquent un seuil autour de 19 ou 20 points en dessous duquel le risque de chute serait élevé. On applique ce chiffre comme une frontière nette. Les études utilisent pourtant des seuils très variables, de 15 à 26 points, sans qu’un point de coupure unique soit validé pour toutes les populations.
Un patient autonome vivant à domicile et un résident en EHPAD avec des antécédents de chutes multiples ne relèvent pas du même seuil d’alerte. Le niveau d’autonomie, le lieu de vie, les traitements en cours et l’historique des chutes modifient la signification clinique d’un même score.
Le Tinetti ne prédit pas les chutes à lui seul
Une revue systématique portant sur les chutes enregistrées de manière prospective conclut qu’aucun test d’équilibre pris isolément ne prédit suffisamment les chutes futures. Le score Tinetti repère une limitation de la mobilité et de l’équilibre. Il ne remplace pas l’anamnèse, l’examen clinique, l’analyse de l’environnement du domicile ni la revue des médicaments.
Concrètement, un score de 23 chez un patient sous benzodiazépines avec un tapis dans chaque pièce représente un risque bien plus élevé qu’un score de 18 chez un patient sans traitement sédatif dont le sol est dégagé. Réduire l’évaluation au chiffre inscrit sur le PDF, c’est passer à côté de l’essentiel du bilan.

Rapport d’évaluation : ce que le score Tinetti doit accompagner
Un score brut noté dans un dossier sans contexte perd sa valeur. Pour que le bilan serve réellement à la prévention, le rapport doit mentionner les conditions de passation, la version du formulaire utilisée et les facteurs environnementaux relevés.
- Préciser la version exacte du PDF (source, nombre d’items, échelle de cotation) pour garantir la comparabilité
- Décrire le mobilier utilisé et la distance de marche disponible
- Associer le score à au moins un autre outil d’évaluation (Timed Up and Go, appui unipodal) pour croiser les résultats
- Intégrer les données sur les activités quotidiennes et l’autonomie globale du patient
Un bilan de risque de chute fiable repose sur plusieurs sources d’information croisées. Le Tinetti en constitue une composante, pas un verdict. Les retours varient sur ce point selon les pratiques, mais les équipes qui combinent au moins deux tests fonctionnels avec une analyse du domicile obtiennent une image nettement plus exploitable de la situation réelle du patient.



